Hommage au Dr Abdejelil Zaouche

Pour rendre hommage à ce grand médecin tunisien, nous reproduisons une interview réalisée en 2008, qui donne une idée de l’homme généreux et du chirurgien passionné qu’il était

Dr Abdeljelil Zaouche : quand on est médecin, on donne plus que ce que l’on reçoit

Le professeur Abdeljelil Zaouche, chef du service de chirurgie à l’hôpital Charles Nicolle est le doyen de la Faculté de médecine de Tunis. Dans le monde de la chirurgie, il est connu pour sa grande compétence qui lui a valu une grande distinction de la part de l’association française de chirurgie, qu’aucun autre maghrébin ou africain,  n’avait eu avant lui. L’association française de chirurgie, a voulu  rendre hommage « aux travaux scientifiques et au parcours du Pr Zaouche qui est désormais le premier chirurgien maghrébin et africain à accéder à ce grade ». Au sein de la faculté de médecine de Tunis, le Professeur Zaouche, est connu, entre aute, pour sa grande intégrité. Nous avons interviewé cet éminent chirurgien

 

Docteur Zaouche, vous venez d’être honoré par l’association française de chirurgie qui vous a élevé au grade de membre d’honneur, que représente pour vous cette distinction ?

La chirurgie Tunisienne, a acquis ses lettres de noblesse depuis longtemps. Nous avons eu beaucoup de grands chirurgiens, dans notre pays, des gens très cultivés, très engagés

Quand j’étais étudiant en médecine, on voulait tous ressembler à des grands noms, comme le Dr Safi, ou Mohamed Kassab, ou Dr Zmerli, ou encore Fourati, ou le Dr Saïd Mestiri, une grande école, et aussi le Dr Sellami à Sfax, Hamadi Farhat à Sousse, un monsieur extraordinaire d’une grande intelligence et d’une grande honnêteté.

 

La chirurgie,  c’est une passion pour vous ?

C’est une grande passion, il faut avoir vécu la vie de chirurgien pour en parler. Sa spécificité par rapport à la médecine, c’est qu’elle est manuelle, elle n’est pas uniquement cérébrale. C’est plus dynamique et au risque de paraître interventionniste, je dirai qu’on a l’impression d’aller directement au but.

 

Comment voyez-vous l’évolution actuelle de la chirurgie ?

Avant pour faire un bon chirurgien, il fallait une tête bien faite et une main habile. Maintenant il faut plus que ça, il y a des équipes, il faut plus qu’un chirurgien habile, il faut des équipes qui se montent.

La chirurgie se démocratise : avant elle se résumait à quelques patrons, aujourd’hui, il y a d’excellent chirurgiens du Nord au Sud du pays et j’en suis très fier. Les chirurgiens se comptaient sur les doigts d’une main, il y a des jeunes très compétents.

 

Et vous êtes leur modèle ?

Malheureusement on a l’impression que la profession se banalise, ce n’est plus un sacerdoce, c’est dommage car pour attirer les jeunes il faut un modèle. Je crois que l’exercice de la médecine devient trop technique donc quelque part un peu déshumanisé, ou mercantile. Ce sont deux aspects que l’on ne doit pas inculquer aux jeunes qui doivent continuer à croire à certaines idées sans être les derniers survivants des valeurs. Perpétuer la médecine pour la médecine, j’y crois, je continue à garder mes illusions, car quand on est médecin, on donne beaucoup plus que ce que l’on reçoit.

 

La place de la chirurgie Tunisienne dans le monde ?

Nos médecins ont une bonne formation,  ils sont très compétitifs et n’ont rien à envier aux autres. Un cancer du colon ou de la thyroïde n’est pas mieux opéré en France qu’à Tunis. Le nombre croissant de demandes de la part des chefs de services de l’étranger pour qu’on leur envoie nos stagiaires témoigne du niveau de notre formation. Nous recevons du courrier pour nous dire : envoyez nous vos externes. De plus en plus de nos étudiants partent en stage d’été en France, en Belgique..

 

Dans ce monde très technique, et très informé, les malades ont certainement changé, où en  sont aujourd’hui les rapports chirurgien-patient ?  

Comme  les gens sont informés le médecin est moins perçu comme un magicien.

Avec la culture de l’information, ils sont plus revendicatifs mais en réalité dans les rapports de confiance, c’est la même chose. Il y a encore des patients, qui malgré leur niveau intellectuel, prennent pour de l’argent comptant tout ce que dit leur médecin, c’est donc une énorme responsabilité.

 

Que pensez -vous de la chirurgie esthétique ?

Pendant des années on a donné la place à la chirurgie vitale, c’est normale qu’on se tourne vers autre chose. Je vais très loin même, pourquoi ne pas rembourser la chirurgie réparatrice. Le monde évolue et ce qui était juste il y a quarante ans ne l’est plus tout à fait aujourd’hui.

La sécurité sociale qui rembourse l’anneau gastrique, je trouve ça  évolutif. Après tout pourquoi pas ? Si on est une femme obèse qu’on vit très mal pourquoi lui refuserait-on un anneau gastrique ? Où si on a des oreilles décollées et que la chirurgie va apporter  un confort moral, je trouve ça très bien.

 

Si vous n’avez pas été chirurgien, quel est le métier que vous aurez aimé faire et celui que vous n’aurez jamais pu faire ?

Le métier que je n’aurai pas pu faire ? J’aurai certainement été un très mauvais commerçant et  aussi un très mauvais policier, deux métiers que je respecte, par ailleurs. Quelque fois j’aurais souhaité être entraîneur de foot. A d’autres moments, c’est le pêcheur dans le grand bleu qui me fait rêver. Il y a un autre métier que j’aime bien c’est celui de maçon, c’est bien maçon ça m’aurait intéressé, c’est bien de construire.

 

 

Propos recueillis  par Samira Rekik

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