L’Alzheimer  en Tunisie : une progression inquiétante

Lors  du dernier congrès  maghrébin de neurologie tenu à Tunis du 3 au 5 décembre 2015, les chiffres des maladies neurologiques les plus répandues en Tunisie ont été  dévoilés : il y aurait 45 000 personnes touchées par la maladie d’Alzheimer, 15 000 par la maladie de Parkinson et 60 000 épileptiques.

En ce qui concerne la maladie d’Alzheimer,  Il y a à peine 5 ans on parlait de 30 000 cas. Selon les dernières statistiques  ce chiffre a augmenté de 50%  ou plus, puisque de son côté l’association tunisienne des malades de l’Alzheimer avance le nombre de 57 000 et estime que la maladie est sous diagnostiquée.  Cette progression  nous inquiète tous, citoyens et médecins,  car cette pathologie qui touche entre 5 et 8% de la population âgée de plus de 60 ans est synonyme de dépendance, de perte de dignité et de démence.

Une Maladie qui aboutit à la dépendance

La MA est une maladie du sujet âgé : elle est rare avant l’âge de 65 ans (1%), très fréquente au-delà de 85 ans (>33% soit 1 personne sur 3), nous dit le Dr Ibtissem Ben Hamouda, neurologue à Tunis, qui nous a aidé pour la réalisation de cet article. L’Alzheimer est le plus souvent sporadique (un cas isolé dans une famille), mais peut être  une maladie familiale (10% des cas).Dès les 1ers stades de la maladie, le cerveau s’atrophie. Dès le début de la maladie, on notera le retentissement des troubles sur la vie quotidienne, qui va s’amplifier au fil des mois, nécessitant l’aide d’une tierce personne et aboutissant à une assistance quasi-totale à un stade avancé de la maladie.

Des causes encore inconnues

Les causes restent inconnues à ce jour, en revanche, des facteurs pouvant favoriser la survenue de la maladie ont été identifiés par plusieurs études. Parmi eux le faible niveau d’éducation : les personnes instruites semblent moins touchées par la MA, probablement grâce à une « réserve cognitive » plus importante. Des facteurs de risque vasculaire (hypertension artérielle, diabète, tabagisme, obésité etc.) ont été cités ainsi que des facteurs hormonaux : la maladie se déclare généralement après la ménopause pour les femmes, parallèlement à la baisse du taux d’œstrogènes dans l’organisme. Certaines études disent que le célibat multiplierait par 2 le risque de MA L’âge avancé est un facteur de risque bien démontré, le sexe féminin (risque x 1,5 à 2), et des facteurs génétiques.

Les motifs de consultation

C’est une maladie insidieuse, et très souvent le délai entre les premiers signes de la maladie et le diagnostic est de plusieurs mois à quelques années. Tout commence par une altération de la mémoire avec oubli des faits récents (le repas sur le feu, les courses, les rendez-vous, les gestes effectués le jour même etc.) Ces oublis ont 3 caractères majeurs : ils sont persistants, ils portent aussi bien sur les faits importants que les faits triviaux, ils s’aggravent au fil du temps, alors que le patient tend à les nier ou les minimiser.

Parfois les signes initiaux sont plus  subtils ou trompeurs : une moindre spontanéité des gestes et de la parole, des troubles de l’humeur avec irritabilité, anxiété, voire des signes de dépression, signes psychotique : méfiance exagérée, délire paranoïde (accusation de vol ou d’infidélité conjugale etc.)

D’autres modes de présentation doivent faire évoquer le diagnostic : des troubles du langage avec un discours pauvre, une substitution d’une syllabe par une autre ou d’un mot par un autre, des troubles de la compréhension, de l’écriture avec multiplication des fautes d’orthographe et de grammaire etc., des troubles de la lecture des troubles de la reconnaissance (agnosie) : le patient ne reconnaît pas les visages familiers, ne reconnaît plus parfois sa propre image dans le miroir, des objets familiers, des outils de la vie quotidienne des troubles de l’exécution de gestes complexes ou simples (s’habiller, se coiffer, tendre la main pour saluer, mâcher les aliments …),      une désorientation spatiale (le malade se perd dans des endroits familiers, ou ne reconnaît pas des lieux dont il a l’habitude) ou une désorientation temporelle n’arrive pas à dire la date, le jour et l’année. Des difficultés à résoudre des problèmes simples, ou à planifier un acte de la vie quotidienne, ou à planifier un acte de la vie quotidienne ou à avoir un raisonnement cohérent.

A un stade plus avancé de la maladie, l’altération de la mémoire est globale (faits récents et anciens), le langage est un jargon incompréhensible ou se réduit à quelques syllabes ou bien, il est absent (mutisme). Se surajoutent des troubles du comportement, à type d’errance, agressivité, hallucinations visuelles et auditives, précipitant l’institutionnalisation du patient.

 

Qu’en est-il des tests de diagnostic ?

Il n’y a pas d’examen  spécifique permettant d’affirmer le diagnostic, mais celui-ci repose sur un faisceau d’arguments cliniques et sera conforté par une imagerie cérébrale : La plus utilisée actuellement est l’imagerie par résonance magnétique (IRM) de haute résolution qui va mettre en évidence l’atrophie cérébrale

Existe-t-il un traitement ?

La MA n’est pas curable à l’heure actuelle. Le but du traitement n’est donc pas de guérir le patient, mais d’essayer de stabiliser les signes de la maladie, de manière à procurer au malade ainsi qu’à son entourage, le maximum d’aide et de confort de vie possibles. L’approche thérapeutique passe par une prise en charge sociale, par les médicaments et par des moyens non pharmacologiques.

La prise en charge sociale : Elle est très lourde et très coûteuse. Il s’agit : de l’aide aux proches et à la famille, qui sont souvent psychologiquement et physiquement épuisés, en leur fournissant une prise en charge totale des frais des explorations, des soins médicaux et paramédicaux, et une aide à domicile, un remboursement des frais du transport aux centres de soins, un aménagement des lieux de vie.

 

Conclusion

La MA est la plus fréquente des démences. Une plainte  mnésique (à propos des oublis)  nécessite toujours une évaluation clinique : c’est le seul moyen de diagnostic précoce, aujourd’hui. Le diagnostic de MA est avant tout clinique. Les examens complémentaires visent surtout à écarter d’autres causes, parfois curables, de troubles cognitifs. La prise en charge ne  se réduit pas à la prescription de médicaments. Elle doit être globale, psychologique et sociale, et concerne malade et entourage.

 

Samira Rekik

 

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