Tunisie : Hommes/Femmes inégaux face à la santé et d’une région à une autre

«La santé de la femme en Tunisie, réduisons les inégalités ». C’est sous ce thème qu’un symposium scientifique a été organisé au cours de ce mois de Mars 2015, pour fêter les 42 ans de l’anniversaire de l’Office National de la Famille et de la Population, une institution qui a œuvré et œuvre encore pour la santé et le bien être des femmes en Tunisie.

Les Docteurs Habiba Ben Romdhane, Rim Ben Aissa et Mejda Chéour nous ont brossé les différents tableaux de la santé de la femme dans notre pays, les inégalités  et les disparités auxquelles elles sont confrontées parce qu’elles sont femmes.

 » Les inégalités sociales de santé sont essentiellement le résultat, le produit final des autres inégalités sociales structurelles qui caractérisent un pays à un moment donné de son histoire et de son développement économique » a rappelé l’une des conférencières.

En Tunisie,   Les femmes sont plus affectées par la double charge de morbidité : les plus grandes variations observées dans l’accès aux soins, la mortalité la morbidité et l’incapacité sont liées tout d’abord à l’âge, ensuite au genre.

Les femmes tunisiennes sont exposées à différents groupe de maladies : celui des  maladies transmissibles, maternelles et périnatales et maladies de carence, celui des maladies  classées non transmissibles soit les cancers et les maladies cardiovasculaires. Leur santé est également menacée par les nombreux accidents et violences dont elles font l’objet.

 

En Tunisie, Trop de femmes meurent encore en donnant la vie

Ce taux de mortalité maternelle élevé  est le point noir de la médecine tunisienne. Ceci est inacceptable, la plupart de ces décès peut être évités en améliorant l’accès aux centres de santé et l’accès à du  personnel mieux formé, plus qualifié et en plus grand nombre, notamment dans les zones rurales. Ce taux est un indicateur important de santé en général.

Il est aussi un indicateur de qualité des soins et de santé maternelle en particulier. il témoigne du dysfonctionnement du système de santé: de la prévention à l’organisation et la qualité des soins. C’est ce taux qui met en lumière l’écart entre les pays riches et les pauvres: la quasi-totalité des décès maternels (99%) se produisent dans des pays en développement : plus de 50%  en   Afrique subsaharienne, près du 1/3  en   Asie du Sud. Si dans les pays développés il y a 16 décès pour 100 000 naissances vivantes, dans les pays développés ce chiffre passe à 230 ! En Tunisie il est de 44,8 en moyenne mais il atteint les 67 dans certaines régions ! Ces Grandes disparités à l’intérieur d’un même pays entre populations à faible revenu et à revenu élevé et entre populations urbaines et rurales ne se voient que dans les pays sous développés.

Les écarts entre les régions ne peuvent plus être occultés et des mesures doivent être prises par les décideurs vu que la majeure partie de ces décès maternels sont  évitables et ces disparités témoignent des  inégalités régionales en matière d’accès aux soins.

La maternité doit être une période de bonheur pour la femme, sa famille et sa communauté, a dit le Selon le Docteur Rim Ben Aissa, cependant, pour un bon nombre de femmes, encore en Tunisie, c’est une période de risque et de danger et qui peut se transformer en drame surtout certaines régions. A la base, la cause de cette situation dans ces régions est : la position défavorable des femmes, le peu d’attention que l’on prête à leurs droits et le manque de responsabilité de ceux qui devraient les faire respecter. Dans un environnement où les femmes sont respectées, la grossesse, la naissance et la maternité sont l’occasion d’affirmer leurs droits et leur condition sociale, sans pour autant compromettre leur santé. L’éducation  et l’accès des femmes au milieu du travail est l’un des meilleurs moyens de briser le piège de la pauvreté et de créer un milieu favorable à la santé maternelle et néonatale.

 

Obésité, Cancers, maladies cardiovasculaires, en nette progression chez les Tunisiennes

Parce qu’elles ne boivent pas, ne fument pas autant que les hommes, on pensait que les femmes étaient protégées des maladies cardiovasculaires et des cancers. Or c’était sans compter les autres facteurs de risque, le mode de vie, le  comportement général et l’environnement.

Selon le Dr Habiba Ben Romdhane, les différentes enquêtes ont montré que 30% des femmes tunisiennes sont obèses (obésité morbide), qu’il y a plus de femmes que d’hommes qui décèdent par le Diabète et qu’aujourd’hui les femmes sont en train de rattraper les hommes en matière de maladies cardiovasculaires. C’est, nous dit-elle, parce que les politiques publiques en faveur de la santé  en population générale ont parfois pour effet de profiter d’abord aux plus favorisés. Les groupes sociaux les mieux dotés en capital culturel et financier sont en effet les premiers à tirer profit des messages incitant à la prévention, ce qui a pour effet de creuser les inégalités sociales et territoriales de santé.

 

Santé mentale : les femmes paient un lourd tribut

Du bien être des femmes dépend celui des enfants, de la famille et de la société d’une manière générale. Les problèmes de santé mentale affectent les hommes et les femmes de façon différente et à différentes étapes de leur vie. Mais les données épidémiologiques et  anthropologiques montrent  davantage de maladies,  de troubles psychiatriques et de détresse psychique chez la femme que chez l’homme. Plusieurs facteurs interviennent : biologiques et psychoaffectifs.

Les femmes ont des pathologies spécifiques, liées à leur vie sexuelle et reproductive (trouble dysphorique prémenstruel, dépression du post-partum,etc.)

En ce qui concerne les pathologies psychiatriques communes, les femmes sont plus exposées que les hommes. Selon le Dr Mejda Chéour , le risque de développer certaines affections mentales est plus grand chez la femme. Ainsi, la dépression est  2 fois plus fréquente chez les femmes en Tunisie. Elle est aussi la première cause d’incapacité chez les femmes. L’OMS considère la dépression comme « le plus lourd fardeau pathologique pour les femmes ». La gravité de la dépression est liée à son potentiel de récurrence (35% dans les 2 premières années, 60% dans les 12 ans), à sa chronicité (20%) et au risque de suicide qu’elle engendre (15 à 20%).

La Tunisie est classée au 7ème rang à l’échelle arabe, avec un taux de    suicide  de 2.4 pour 100.000 habitants (OMS, 2012). Il y a 3 fois plus de tentatives de suicide chez les femmes que chez les hommes. Mais il y a 3 fois plus de suicides chez les hommes que chez les femmes, quelque soient les classes d’âge et les pays considérés (les hommes emploient des méthodes plus radicales que les femmes pour mourir). En Tunisie, selon une étude réalisée par le service de psychiatrie du CHU Hedi Chaker, sur  61 dossiers de consultants pour tentative de suicide chez les lycéens, Il s’agissait souvent d’une jeune fille (70,5 %) ayant des difficultés scolaires (50,8 %) et des troubles de l’adaptation (60,6 %), accomplissant sa tentative de façon impulsive (91,8 %), à domicile (83,6 %), par ingestion médicamenteuse (70,6 %)

Les femmes qui souffrent de maladie mentale sont  sujettes à toutes les stigmatisations. L’OMS s’alarme de la stigmatisation qui frappe les malades mentaux car cela constitue un obstacle majeur à leur prise en charge et à leur  réinsertion sociale.  Quand ces malades sont des femmes elles sont exposées aux : rejet familial, au divorce, au retrait de garde des enfants, etc.

L’émancipation des femmes un enjeu crucial de santé

En conclusion, les différentes présentations de ce symposium, affirment que l’émancipation des femmes n’est pas seulement un droit humain, mais un enjeu crucial de santé des femmes et des enfants. Il en ressort que l’état  a une responsabilité et  un rôle à jouer dans : les recherches spécifiques pour identifier  les besoins des  femmes dans ce contexte de transition, l’élaboration de stratégie  tenant compte des besoins spécifiques des femmes, le renforcement des capacités institutionnelles, l’équité et la  lutte contre les inégalités de santé. Quant à la société civile, elle se doit de renforcer son rôle et celui  des partenaires  sociaux  pour défendre  l’approche centrée sur les besoins des femmes, avec un engagement des citoyens  pour la promotion de la santé et un plaidoyer pour un accès universel aux soins.

Samira Rekik

PARTAGER