Tunisie : Comment vieillir en bonne santé ?

Si nous continuons sur cette lancée, nous vivrons plus longtemps que nos parents. La question devient intéressante si on pouvait vivre mieux que la génération précédente, c’est-à-dire si on pouvait vieillir en bonne santé.

Les derniers chiffres sur la transition démographique en Tunisie ont montré que les plus de 65ans représentent actuellement 10% de la population alors qu’il n’était que 9 en 1999.  Quant à l’espérance de vie  à la naissance,   elle est de 73,5ans en moyenne,  et la palme revient aux femmes  qui  comptabilisent 75,5 années face aux hommes, loin derrière avec 71 ans.  Ces chiffres vont aller en augmentant d’ici quelques temps et en 2030,  20% de la population sera âgée de plus de 65ans. La Tunisie devra donc intégrer cette donnée dans tous ses programmes de santé. Aujourd’hui après avoir donné des années à la vie, il va falloir donner de la vie aux années.

il faut se réjouir de cette longévité, mais ne pas oublier qu’elle représente un défi social et économique. L’augmentation des personnes âgées s’accompagne également de l’augmentation des maladies  chroniques, cardiaques,  neurologiques,  les cancers etc. ce sont des maladies longues, couteuses, nécessitent des unités spéciales de soins, de prise en charge médicosociale, des cadres spécialisés. En Tunisie, on sait par exemple que   2/3 des personnes âgées de plus de 65ans sont hypertendues. L’hypertension est la porte ouverte a beaucoup d’autres pathologies, donc on a une petite idée sur les dépenses aux quelles on va devoir faire face.

On le répète encore vieillir c’est bien, vieillir en bonne santé  c’est encore mieux car l’objectif principal est de vieillir  autonome. Ne pas être dépendant de ses enfants, pouvoir continuer à vivre chez soi le plus longtemps possible, faire ses courses, sortir se promener,  pouvoir aller chez son médecin, garder une vie sociale active, gérer son budget et assurer tant d’autres tâches de la vie quotidienne, c’est ça bien vieillir.

Le pays est –il préparer à assurer une vie décente à toutes les personnes âgées ? Pour l’instant on ne peut pas répondre favorablement. Mais à écouter le ministre de la santé lors de son allocution à l’occasion de la journée mondiale de la santé, on pense sérieusement à la l’élaboration d’un plan « gériatrie ». Il faut un budget spécial. Le ministre a déjà laissé entendre qu’on taxerait encore certains produits nocifs pour la santé tels que le sel, le sucre qui ne serait plus compensé par l’état, le tabac, l’alcool etc.  Le ministre propose également à la CNAM de jouer un rôle dans ce futur plan vieillesse et il suggère que celle-ci devrait changer de nom pour s’appeler la Caisse Nationale de l’Assurance  Santé et non Maladie.  Les personnes âgées, nécessitent une prise en charge spécifique qui va au-delà des prestations sanitaires de base assurées par les institutions hospitalières, ce qui requiert un effort d’adaptation de la part du système socio-sanitaire national.  Nous rappelons qu’à ce jour, seul l’hôpital Mahmoud El-Materi de l’Ariana, dispose d’une unité spéciale de gériatrie avec un service multidisciplinaire avec une équipe  polyvalente composée de gériatres, psychologues, infirmiers, et qui pratique  une « évaluation gériatrique standard » basée sur  une batterie d’examens servant à évaluer l’état de santé physique et psychologique des personnes âgées. Cette consultation  propose également les services d’une assistante sociale qui intervient également dans le but de trouver les moyens pour protéger les personnes âgées, leur garantir une vie décente, à l’abri des dangers et des situations d’urgence. On rappellera que si ces consultations sont rares dans le secteur public, elles existent dans le secteur privé, les gériatries sont nombreux, s’investissent à fond dans la prise en charge de leurs patients et dans les associations civiles qui ont pour objectif d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées.

On peut faire beaucoup pour  vieillir en bonne santé. On va commencer par adopter un mode de vie sain sans attendre d’être vieux. Ce qui revient à dire avoir une  alimentation bien équilibrée, activité régulière, pas de stress, pas de tabac, pas d’alcool, car les  études ont prouvé que 70% de la vieillesse  s’explique par l’environnement, et seulement 30% par les gènes.  On recommande une alimentation saine aux personnes âgées, mais on a tendance à baisser les apports pour motif de vieillesse ce qui est totalement faux, surtout si la personne âgée garde  une activité physique.

Pour la première fois, en Tunisie , le ministère parle de favoriser  la création de maisons  de vieillesse, comme on en voit partout en occident. Les investisseurs dans ce domaine sont même encouragés. Reste à savoir si c’est la bonne solution, chez nous, d’autant plus que les recherches ont montré que celles-ci n’auront un impact positif sur la vie des personnes âgées que si elles sont mixtes.

On sait que l’un des problèmes des personnes âgées est l’isolement, qui devient fréquent dans notre société, de plus en plus individualiste. L’isolement entraine l’ennui, donc la déprime, la dénutrition et le refus de continuer à vivre. Le problème de qualité de vie de la personne âgée, concept certes très  vague et multidimensionnel, est désormais à prendre en considération dans toute planification dans la société tunisienne. il faudrait par exemple  prévoir des  espaces récréatifs   pour les personnes âgées, des clubs de loisirs, un environnement favorable à la vie en groupe pour les personnes âgées.

Les personnes âgées sont une ressource unique  pour la société car  elles ont beaucoup de sagesse et d’expérience. On se rappellera que la qualité de vie ne se limite pas à la bonne santé, c’est une sensation somatique, état psychologique, statut social.

Dr Samira Rekik

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