Médicaments chers: vaut mieux les acheter en Inde

Trente ans après l’histoire de Ron Woodroof, ce cow-boy texan séropositif qui a mis en place à la fin des années 1980 un réseau clandestin d’importation d’antirétroviraux interdits aux Etats-Unis et que relate le film « Dallas Buyers Club », le même phénomène est en train de réapparaître. En Australie, au Mexique, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans de nombreux autres pays, des patients atteints de différentes pathologies et dont l’accès aux médicaments est freiné par des coûts prohibitifs se tournent vers une solution alternative : aller se fournir en Inde. C’est ce que rapporte un article publié dans le JIM.fr  du 9 mars 2016.

 

C’est le cas de Greg Jefferys, un Australien de 61 ans à qui l’on a diagnostiqué une hépatite C et qui, n’ayant pas les moyens de financer le traitement dans son pays, a décidé d’aller en Inde pour se procurer la version générique du médicament récemment mis sur le marché international et qui présente un taux de guérison exceptionnel. En déboursant près de 100 fois moins de ce qu’il aurait eu à payer en Australie, G. Jefferys a pu se soigner et tient depuis un blog dans lequel il distille de nombreux conseils à tous ceux qui sont dans une situation similaire à la sienne. De son aveu, il reçoit 150 e-mails par jour de patients étrangers qui sont prêts à tenter l’expérience.

 

Les contours d’une législation particulière

Bien qu’ayant mis sa législation en conformité avec les règles de propriété intellectuelle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2005, l’Inde a toutefois inscrit une clause prévoyant que seuls les médicaments réellement nouveaux et innovants avec un impact thérapeutique soient protégés par des brevets. Une nuance juridique de taille qui a notamment permis au pays de rejeter, en 2013, la demande de brevet déposée par un laboratoire suisse pour un traitement contre la leucémie.

En outre, si le laboratoire pharmaceutique ayant obtenu un brevet ne garantit pas l’accès du médicament à un prix raisonnable, la loi indienne stipule que ce dernier pourra se voir délivrer une « licence obligatoire » pour la commercialisation de sa version générique.

 

Premier producteur et premier exportateur mondial de génériques, l’Inde est ainsi devenue l’objet de toutes les attentions et récriminations, qu’il s’agisse des patients en quête de traitements à bas prix ou des laboratoires pharmaceutiques internationaux qui dénoncent un frein à l’innovation.

 

Des foyers d’entraide aux réseaux planétaires

Dans son blog, G. Jefferys tient à préciser qu’il est « heureux de pouvoir donner gracieusement les contacts de fournisseurs honnêtes et fiables de médicaments génériques contre l’hépatite C », traitements dont il précise qu’ils sont tous produits par des entreprises pharmaceutiques sérieuses et reconnues. L’objectif de G. Jefferys, comme celui d’un nombre croissant de ces « clubs d’acheteurs » qui se constituent un peu partout sur la planète, est bien d’orienter les patients vers des fournisseurs reconnus afin que leur soient prescrits des médicaments génériques de qualité et non des contrefaçons comme en trouve à la pelle sur Internet.

Moins informels que ces communautés virtuelles qui fleurissent sur la Toile, des réseaux d’ampleur internationale sont même en train d’émerger, à l’image d’Ikris Pharma Network, une plateforme de mise en relation entre patients et fournisseurs créée en août 2014 à Delhi. Elle précise sur son site internet que « tous les produits sont fabriqués par des compagnies indiennes réputées qui respectent les standards de la Food and drug administration (FDA) », l’organisme gouvernemental américain responsable de la pharmacovigilance.

Des produits qui ne seront délivrés « qu’en échange d’une prescription valide et en conformité avec toutes les lois et règlements locaux ». A l’heure actuelle, Ikris Pharma Network propose un accès à des médicaments destinés à lutter contre de nombreux cancers, des hépatites, le VIH ou encore le diabète et la maladie de Crohn.

Africaine-santé

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