Don d’organe en Tunisie: Touche pas à mon cadavre

En  Tunisie, on n’est plus au stade où on doit considérer  la transplantation comme un progrès  mais comme  une thérapeutique au même titre que toutes les autres et dont les citoyens en ont largement besoin.  Dans ce domaine, la Tunisie a commencé très tôt,  1948 pour la greffe de cornée, mais les activités sont restées rares.   Les obstacles sont nombreux , à commencer par les mentalités.

Dans les pays développés, 50%  des donneurs sont des cadavres,  et  50%  des donneurs vivants.  Les  donneur s cadavériques  se trouvent dans les services de réanimation, et posent un problème de recrutement.  En Tunisie, chaque année  il y a  66 000 décès, dont 600 en  mort céphalique.  Ce sont en général des accidentés de la route ou des patients ayant fait un accident  vasculaire cérébral. C’est dans ce cas qu’on peut faire, un prélèvement d’organes.   Mais ça grince à ce niveau car le personnel médical  est réticent et  considère que la mort  encéphalique n’est pas la mort réelle.   Pourtant il existe bien un décret  daté de 1998  qui précise  que quand le cerveau n’est plus irrigué, c’est  un stade  irréversible, et  c’est la définition  de la mort. Il n’y a pas de réflexe neurologique, mais l’activité cardiorespiratoire est maintenue par des moyens artificiels.  L’arrêt  cardiaque et l’arrêt respiratoire sont réversibles.

Pour  les médecins réanimateurs, il persistera toujours un doute sur la prise en charge.  A-t-on fait le nécessaire pour réanimer  le patient. Le rôle des médecins est de soigner,  le décès est  vécu comme un échec. Le  corps médical  a été formé pour accompagner les vivants et non les cadavres ! Dans ces conditions comment leur demander d’adresser ces cadavres en vue d’un prélèvement d’organe.

Autre volet important, dans la greffe d’organe, c’est l’accord de la famille, au cas où la carte d’identité du décédé ne mentionne pas qu’il est donneur !  La famille du défunt ne conçoit pas un corps « mutilé » avec des traces de pansement. Dans  la confession musulmane le corps ou plutôt « l’individu » est enterré nu recouvert de linges blancs comme à la naissance. Depuis 2010 plus aucun prélèvement  ne se fait sans l’accord de la famille.  Par contre pour le prélèvement de tissus (cornée, os, moelle osseuse etc.) on continue à le faire  à l’insu des familles !

 

Plus on est instruit plus on est récalcitrant au don d’organe

Une étude d’opinion réalisée en Tunisie par des médecins tunisiens sur  le don d’organes après la mort,  a révélé le fond de la pensée du citoyen à ce sujet. En effet   environ 80, % des Tunisiens  connaissaient la greffe d’organes en Tunisie. Une personne sur deux accepterait de donner ses organes après la mort. Parmi le groupe d’enquêtés refusant le don de leurs organes après la mort, l’absence d’un plaidoyer clair a été observée dans 55,3 % des cas. L’atteinte à l’intégrité du corps après la mort ainsi que l’obstruction religieuse étaient en tête de liste des déterminants du refus dans près de 80% des cas.

Toujours selon cette enquête, le « refus du don d’organes après la mort » rapporté aux tranches d’âge et au niveau d’instruction se présente comme suit : plus on est âgé et plus le niveau d’instruction est élevé, plus on tend à se montrer réticent sur un don d’organe consécutif à son décès. Ce sont principalement les jeunes de moins de 50 ans ayant poursuivi des études primaires ou secondaires qui seraient proportionnellement les plus nombreux à envisager un tel don. Il n’y avait pas de différence de réponses entre les deux sexes concernant le refus du don (42,9 % des hommes vs 45,4 % des femmes).

Samira Rekik-Africaine-santé

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