Journée Mondiale du Cancer : La Tunisie peut mieux faire

Chaque année, le 4 Février, le monde entier célèbre la journée mondiale du Cancer dans l’objectif de faire reculer la charge de morbidité imputable à cette maladie. Pour les deux ans à venir 2016-2018,  l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) et  l’Union internationale contre le cancer (UICC) ont choisi de travailler sous le slogan « Nous pouvons, je peux », afin que chaque pays et  chacun, en groupe ou individuellement, puisse prendre part à la réduction du fardeau mondial du cancer. Dans ce contexte, la Tunisie, qui possède beaucoup d’atouts, peut mieux faire, notamment au niveau de la sensibilisation et de la prévention de ce fléau.

 

Dans notre pays le Cancer est l’autre cause de décès, après les maladies cardiovasculaires. D’après les estimations de l’OMS, le cancer est responsable de 16 % de tous les décès en Tunisie, soit  7 339 décès par an. Le taux de mortalité standardisé selon le sexe  est de 84,1/100 000 chez les hommes et de 49,3/100 000 chez les femmes. Quant à l’incidence du Cancer, elle est de 12 189 nouveaux cas chaque année. Le cancer du poumon est la première cause de mortalité chez les hommes, suivi du cancer colorectal et du cancer de la vessie. Chez les femmes, le cancer du sein vient en tête, suivi du cancer colorectal et des leucémies.  Tous ces chiffres ont été publiés par le Ministère de la Santé, qui, comme nous l’avons précisé, ne sont que des estimations fournies par l’Organisation Mondiale de la Santé. Nous n’avons pas de chiffres tunisiens, l’épidémiologie a toujours été le parent pauvre de la médecine tunisienne.  Ce n’est pas normal, ce n’est pas acceptable, mais la situation est celle-ci : les données des registres régionaux des cancers en Tunisie ne sont pas  actualisées, les dernières publications sont relatives à la période 2004-2006 pour la région du Nord, 2003-2007 pour le gouvernorat de Sousse et 2000-2002 pour le gouvernorat de Sfax.  On pourrait déjà commencé par mettre à jour ces registres.

Le Cancer est en progression en Tunisie

Les derniers chiffres  donnés à propos du cancer montrent  une augmentation du nombre de cas. C’est ainsi que pour le cancer du poumon chez les hommes, le taux d’incidence standardisé est passé de 12/100 000 en 1988 à 31.1/100 000 en 2012.  Pour  les femmes, l’incidence du cancer du sein est passée de 16/100 000 en 1994 à 31.8/100 000 en 2012.  On explique cette tendance à la hausse par plusieurs facteurs : le vieillissement de la population et la mauvaise hygiène de vie chez l’ensemble de la population où le tabagisme, la sédentarité, l’obésité sont un mode de vie.  Les conséquences de cette progression se feront sentir comme un  fardeau économique très lourd, car le traitement du cancer  est de plus en plus élevé.  Par conséquent, et le Ministère de la santé l’avoue «  la garantie de la qualité, de l’efficacité et de l’égalité des chances des prestations des soins en faveur des malades cancéreux, ne pourra se réaliser qu’au prix d’une collaboration étroite et coordonnée de l’ensemble des intervenants ».

L’urgence d’une stratégie de lutte contre le cancer efficace

Au niveau du ministère de la santé beaucoup de choses ont été faites ces dernières années mais les insuffisances importantes persistent. Actuellement le pays est incapable de  répondre correctement  à la demande et à la prise en charge des malades. Résultat : les délais d’attente sont souvent  inacceptables pour le diagnostic et le traitement. D’un autre côté l’accès aux prestations de soins est relativement inéquitable, pour les personnes socialement défavorisées et géographiquement éloignées des grandes villes universitaires, qui sont incapables de payer les frais de transport pour se faire soigner dans les centres spécialisés. On remarquera aussi  que  la qualité des services de cancérologie est inégale d’une région à l’autre du pays, qu’on soit dans une ville côtière où à l’intérieur du pays. Quant à la prévention, n’en parlons même pas dans ces régions, où tous les blocages sont permis. Une stratégie, un plan  National et global de lutte contre le Cancer s’impose et c’est  une urgence nationale.

Prévention des cancers : les recommandations de l’OMS pour la Tunisie

Selon les plus grands experts internationaux, 30 à 50 % des cancers pourraient être évitées, à travers l’acquisition de modes de vie sains. La prévention primaire du cancer implique l’élimination ou la réduction de l’exposition à des facteurs de risque incriminé. C’est ainsi que pour la Tunisie la meilleure stratégie de lutte contre le Cancer recommandée, est d’associer la prévention du cancer et la promotion de la santé.

Depuis plusieurs années,  l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer (FMRC)  ont à plusieurs reprises attiré l’attention sur le lien entre le tabagisme, le manque d’activité physique, les mauvaises habitudes alimentaires et le cancer, mais aussi d’autres maladies chroniques (telles que les maladies cardio-vasculaires, le diabète). Ces facteurs de risque sont les conséquences des modifications survenues au sein de la société telles que l’industrialisation, l’urbanisation, les développements économiques.

On croit savoir que le Ministère de la santé va lancer un nouveau plan Cancer pour la Tunisie, qui sera dévoilé ce jeudi 4 Février. Souhaitons qu’il soit à la hauteur des attentes de tous, malades, patients, intervenants, économistes, etc.

 

Samira Rekik

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